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Poésies des mois d’avril et mai…

Par Mme Guerin dans la catégorie Poésies, poésies CM

Ces poésies sont à lire pour le 20 avril. Tu devras ensuite en choisir une et l’apprendre pour le 11 mai.

 

Le renard et le corbeau
ou si l’on préfère
la (fausse) poire et le (vrai) fromage

Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait: « Quel dommage
Qu’un fromage aussi beau,
Qu’un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais.

Tiens ! voilà le renard : je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon.
Ça lui servira de leçon ! »
Passons sur les détails, vous connaissez l’histoire
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole…
Depuis, le renard n’est pas bien ;
Il est malade comme un chien.

Jean-Luc MOREAU, Poèmes de la souris verte

 

Le corbeau et le renard

Maître corbeau, sur un arbre perché,
        Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l’odeur alléché ,
        Lui tint à peu près ce langage :
        «Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
        Sans mentir, si votre ramage 
        Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois»
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
        Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Le renard s’en saisit et dit: « Mon bon Monsieur,
            Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »

Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard , qu’on ne l’y prendrait plus.

Jean de La Fontaine

 

Le Boeuf qui veut se faire aussi petit que la Grenouille

Un boeuf apercevant une alerte grenouille
Fut saisi de ravissement.
Il la contemple, il s’agenouille :
Quels bonds! Même le firmament
Semble être à sa portée! Le lourdaud se décide
A l’imiter.
Il marche, il saute, il court, il va dans le torride
Après-midi d’été,
Comme si mille taons le harcelaient sans cesse.
Trempé de sueur, le mufle bas, il demande: « Est-ce assez? » Mais la grenouille rit,
Et semble s’envoler. Alors le boeuf est pris
D’un courage héroïque : il jeûne, il boude l’herbe
Verte, fraîche, superbe.
« Suis-je à votre niveau? – Pas tout à fait encor!
– Ma taille est-elle fine? – Accentuez votre effort! »
Le balourd se résigne
A souffrir pour avoir la ligne.
En quelques jours il perd
Son port majestueux, sa peau flotte, il a l’air
D’une pauvre carcasse.
Ses flancs se sont creusés, ses os percent sa peau
Il trépasse bientôt.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
Les femmes bien en chair envient les fils de fer
Et jeûnent pour avoir l’air d’un haricot vert.
Les messieurs bedonnants s’agitent sur les plages
Comme des garçonnets;
L’épais béton copie la dentelle de pierre;
La pesante voiture envie la montgolfière ;
Sur scène on voit se contorsionner
L’énorme cantatrice
Voulant susurrer, en discrète actrice,
Sa terrible clameur.
Et l’on peut allonger la liste :
Le plus lourd des rimeurs
Singe le léger fabuliste.

Jacques CHARPENTREAU
La poésie dans tous ses états (1984)

 

La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf

Une grenouille vit un boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant: « Regardez bien, ma soeur;
Est-ce assez? dites-moi: n’y suis-je point encore?
Nenni– M’y voici donc? -Point du tout. M’y voilà?
-Vous n’en approchez point. »La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ,
Tout prince a des ambassadeurs, 
Tout marquis veut avoir des pages.

Jean de La Fontaine

 

La Fourmi et la Cigale

Une fourmi fait l’ascension

d’une herbe flexible

elle ne se rend pas compte

de la difficulté de son entreprise

elle s’obstine la pauvrette

dans son destin délirant…

pour elle c’est un Everest

pour elle c’est le Mont Blanc

Ce qui devait arriver arrive

elle choit patatratement

une cigale la reçoit

dans ses bras gentiment

Eh! dit-elle point n’est la saison

des sports alpinistes

vous ne vous êtes pas fait mal j’espère

et maintenant dansons dansons

une bourrée ou la matchiche.

Raymond Queneau

 

La cigale et a fourmi

La cigale , ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’oût , foi d’animal,
Intérêt et principal
La fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut
«Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»

Jean de La Fontaine

 

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