dim.
09

poésies des CM2

Par FREQUELIN Nadege dans la catégorie dictées, auto dictées et poésies

La source enchantée

J’errais dans la montagne un jour de chaleur grande,
Une source s’offrit, claire, parmi des houx.
Comme les chevaliers dont parle la légende
Pour boire dans ma main je me mis à genoux.

Quelqu’une qui paissait un troupeau dans la lande
Me cria, mais hélas ! Trop tard : «  Malheur à vous ! »
J’avais bu, sans savoir, l’eau de Brocéliande,
Ma lèvre en a gardé l’impérissable goût.

Et je vais, depuis lors, indifférent aux choses
Qui font les hommes gais ou qui les font moroses,
La source fée en moi luit sous les arbres verts ;

Je suis le prisonnier de son eau diaphane,
Et je ne sais plus rien de l’immense univers
Que le reflet changeant des yeux de Viviane.

Anatole Le Braz

 

 

L’homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir, tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

 

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

 

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets ;

Homme, nul n’a sondé le fond de tes abimes ;

O mer, nul ne connait tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

 

Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

O lutteurs éternels, O frères implacables !

Charles Baudelaire

 

 

L’Albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime en boitant, l’infirme qui volait !

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

 

 

Le récif de corail

Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,

Éclaire la forêt des coraux abyssins

Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,

La bête épanouie et la vivante flore.

 

Et tout ce que le sel ou l’iode colore,

Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,

Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,

Le fond vermiculé du pâle madrépore.

 

De sa splendide écaille éteignant les émaux,

Un grand poisson navigue à travers les rameaux.

Dans l’ombre transparente indolemment il rôde ;

 

Et brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu

Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,

Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.

José-Maria de Heredia

 

 

ÎLES, de Jean Cocteau

A Palma de Majorque

Tout le monde est heureux.

On mange dans la rue

Des sorbets au citron.

 

Des fiacres, plus jolis

Que des violoncelles,

Vous attendent au port

Pour vous mettre à l’hôtel.

 

Racontez-moi encore

Palma des Baléares ;

Je ne connais qu’une île

Au milieu de la Marne.

 

Elle est petite, en tôle,

Comme un tir de la foire ;

Mon coeur est l’oeuf qui danse

Sur le haut du jet d’eau.

 

Monsieur le photographe,

Un oiseau va sortir.

La noce qui s’embarque…

Je reste seul sauvage.

 

Marquises, Carolines,

Votre nom sur la carte.

Grave le mien dans l’arbre

Près de la balançoire.

 

Express et paquebots

Qui bercent nos voyages,

Ce sont les bateaux-mouche

Et les trains de plaisir.

 

 

 

VOYAGES

Un train siffle et s’en va, bousculant l’air, les routes,

L’espace, la nuit bleue et l’odeur des chemins ;

Alors, ivre, hagard, il tombera demain

Au coeur d’un beau pays en sifflant sous les voûtes.

 

Ah ! la claire arrivée au lever du matin !

Les gares, leur odeur de soleil et d’orange,

Tout ce qui, sur les quais, s’emmêle et se dérange,

Ce merveilleux effort d’instable et de lointain !

 

– Voir le bel univers, goûter l’Espagne ocreuse,

Son tintement, sa rage et sa dévotion ;

Voir, riche de lumière et d’adoration,

Byzance consolée, inerte et bienheureuse.

 

Voir la Grèce debout au bleu de l’air salin,

Le Japon en vernis et la Perse en faïence,

L’Egypte au front bandé d’orgueil et de science,

Tunis, ronde, et flambant d’un blanc de kaolin.

 

Voir la Chine buvant aux belles porcelaines,

L’Inde jaune, accroupie et fumant ses poisons,

La Suède d’argent avec ses deux saisons,

Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines…

Anna de Noailles

 

 

L’escale

L’escale fait sécher ses blancheurs aux terrasses
où le vent s’évertue,
Les maisons roses au soleil qui les enlace
Sentent l’algue et la rue.

Les femmes de la mer, des paniers de poissons
irisés sur 1a tête,
Exposent au soleil bruyant de la saison
La sous-marine fête.

Le feuillage strident a débordé le vert
Sous la crue de lumière,
Les roses prisonnières
Ont fait irruption par les grilles de fer.

Le plaisir matinal des boutiques ouvertes
Au maritime été
Et des fenêtres vertes
Qui se livrent au ciel, les volets écartés,

S’écoule vers la Place où stagnent les passants
Jusqu’à ce que soit ronde
L’ombre des orangers qui simule un cadran
Où le doux midi grogne.

Jules Supervielle

 

 

Partir !
Aller n’importe où, vers le ciel ou vers la mer,
vers la montagne ou vers la plaine !
Partir !
Aller n’importe où, vers le travail, vers la beauté ou vers l’amour !
Mais que ce soit avec une âme pleine de rêves et de lumières,
avec une âme pleine de bonté, de force et de pardon !

S’habiller de courage et d’espoir,
et partir,
malgré les matins glacés, les midis de feu, les soirs sans étoiles.
Raccommoder, s’il le faut, nos cœurs
comme des voiles trouées, arrachées au mât des bateaux.
Mais partir !
Aller n’importe où
et malgré tout !

Mais accomplir une œuvre  !
Et que l’œuvre  choisie soit belle,
et qu’on y mette tout son cœur ,
et qu’on lui donne toute sa vie.

Cécile Chabot

 

 

35° 57′ Latitude nord
15°16′ Longitude ouest

C’est aujourd’hui que c’est arrivé
Je guettais l’événement depuis le début de la traversée
La mer était belle avec une grosse houle de fond
qui nous faisait rouler
Le ciel était couvert depuis le matin
Il était 4 heures de l’après-midi
J’étais en train de jouer aux dominos
Tout à coup je poussai un cri et courus sur le pont
C’est ça c’est ça
Le bleu d’oultremer
Le bleu perroquet du ciel
Atmosphère chaude
On ne sait pas comme cela s’est passé et comment
définir la chose
Mais tout monte d’un degré de tonalité
Le soir j’en avais la preuve par quatre
Le ciel était maintenant pur
Le soleil couchant comme une roue
La pleine lune comme une autre roue
Et les étoiles plus grandes plus grandes
Ce point se trouve entre Madère à tribord et
Casablanca à bâbord
Déjà

Blaise CENDRARS

 

 

Clair de lune

On tangue on tangue sur le bateau
La lune la lune fait des cercles dans l’eau
Dans le ciel c’est le mât qui fait des cercles
Et désigne toutes les étoiles du doigt
Une jeune Argentine accoudée au bastingage
Rêve à Paris en contemplant les phares qui dessinent
la côte de France
Rêve à Paris qu’elle ne connaît qu’à peine et qu’elle
regrette déjà
Ces feux tournants fixes doubles colorés à éclipses lui
rappellent ceux qu’elle voyait de sa fenêtre d’hôtel sur
les Boulevards et lui promettent un prompt retour
Elle rêve de revenir bientôt en France et d’habiter Paris
Le bruit de ma machine à écrire l’empêche de mener son
rêve jusqu’au bout.
Ma belle machine à écrire qui sonne au bout de chaque
ligne et qui est aussi rapide qu’un jazz
Ma belle machine à écrire qui m’empêche de rêver à
bâbord comme à tribord
Et qui me fait suivre jusqu’au bout une idée
Mon idée

Blaise Cendrars

 

 

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